[INTERVIEW] 3 questions à Florence Jacquet, directrice scientifique du PPR Cultiver Protéger Autrement

3 questions à Florence Jacquet

[INTERVIEW] 3 questions à Florence Jacquet, directrice scientifique du PPR Cultiver Protéger Autrement

Le Programme Prioritaire de Recherche « Cultiver Protéger Autrement » est lancé avec l’ambition de trouver de nouvelles stratégies pour une alternative aux pesticides. Avec ce programme, la recherche est mobilisée très fortement et avec une vision globale. Tous les fronts de sciences vont être explorés pour acquérir de nouvelles connaissances qui permettront de renforcer les efforts de toute la société pour se passer de pesticides. Laure Latruffe a pris la suite de Florence Jacquet à la direction scientifique du programme depuis octobre 2022.

Florence Jacquet, pourquoi lancer ce nouveau programme de recherche ?

L’usage des pesticides est devenu une préoccupation sociétale majeure : présence de résidus, pollution de l’eau, de l’air… Les dommages des pesticides pour la santé et l’environnement génèrent des coûts : dépollution de l’eau, perte de biodiversité, prise en charge médicale des différentes pathologies liées aux pesticides… C’est pourquoi les politiques visant à contenir l'utilisation des pesticides prennent de l’ampleur depuis les années 1990-2000.
Nous, les chercheurs, avons donc la responsabilité de proposer aux agriculteurs des solutions de substitution et en particulier de nouvelles pratiques culturales qui mobilisent de façon intensive les connaissances agronomiques et limitent le recours à la « chimie ».

Les scientifiques pensent-ils qu’on peut se passer de pesticides ?

Les pesticides ont permis une augmentation de la production, une diminution des coûts de production, une diminution des risques, et une baisse de prix des produits agricoles et alimentaires. Les consommateurs consacrent une part de plus en plus faible de leur revenu à leur alimentation.
Mais à présent, le contexte change et notre ambition est de trouver de nouvelles stratégies pour une alternative aux pesticides, en explorant et en combinant tous les leviers possibles.
Tout d’abord, il faut mettre tout en œuvre pour réduire la pression des bioagresseurs. Nous devons tout d’abord améliorer les dispositifs d’épidémiologie et trouver de nouvelles solutions de prophylaxie.
Nous devons également rendre l’agroécologie plus abordable et plus concrète afin de lutter contre les ravageurs autrement.
Sans oublier que nous nous attaquons à une question qui implique toute la société. Il y a besoin de mettre en place des actions à tous les niveaux pour permettre la transition vers un système plus durable pour tous : des politiques publiques incitatives et une coordination des acteurs, du champ à l’assiette.

Quelle est l’originalité de ce Programme ?

Pour avancer, nous avons fixé un cap ambitieux à la recherche : 0 pesticides. Il faudra explorer des pistes innovantes, investir dans le long terme, aller vers des fronts de science en rupture. Nous avons besoin d’améliorer nos stratégies de recherche en construisant des projets multidisciplinaires pour aborder toutes les facettes du problème, y compris les aspects sociaux et économiques. Nous ne sommes pas seuls : nous travaillons en lien étroit avec nos collègues européens ayant les mêmes objectifs.

> Contact : Florence Jacquet, Directrice de recherche INRAE et ex-directrice scientifique du PPR CPA : ppr-cpa@inrae.fr

Date de modification : 21 août 2023 | Date de création : 02 juin 2020 | Rédaction : Sylvie Colleu