PHEROSENSOR #3 De la détection à l'action : quelles perspectives ?

Lors de notre entretien avec Philippe Lucas, directeur de recherche à l'INRAE et coordinateur de PHEROSENSOR, une idée est revenue à plusieurs reprises : le développement de capteurs n'était pas une finalité.

L'ambition du projet était plus large : produire de nouvelles connaissances sur la communication chimique des insectes et développer de nouveaux outils capables d'enrichir les stratégies de surveillance des ravageurs. Les capteurs développés dans PHEROSENSOR constituent ainsi de nouvelles sources de données. En détectant les phéromones émises par les insectes ravageurs, ils permettent d'observer un signal qui, jusqu'à présent, restait largement sous-exploitable.

Mais un capteur seul ne suffit pas.
L'un des enjeux scientifiques du projet consistait également à interpréter ces signaux. Une modélisation de la dispersion des panaches de phéromones dans les paysages agricoles a ainsi été développée afin de relier les détections réalisées sur le terrain à la localisation probable des ravageurs.

Cette approche combine plusieurs niveaux de connaissances :

  • les conditions météorologiques (vent notamment) ;
  • les caractéristiques du paysage agricole ;
  • les connaissances biologiques sur les espèces étudiées (habitats favorables, dynamique des populations, comportement).

L'objectif n'est plus seulement de détecter une phéromone, mais d'améliorer la compréhension de la présence et de la dynamique des populations de ravageurs afin de guider les décisions de surveillance. Ces travaux ouvrent ainsi la voie à des modèles intégrant données olfactives, biologiques et météorologiques, capables d'accompagner, à terme, une surveillance plus prédictive des cultures.
Ils trouvent aujourd'hui un prolongement avec ARDECO, qui explore une autre dimension de la communication chimique : non plus seulement détecter les médiateurs chimiques[1], mais mieux comprendre comment les utiliser pour attirer, repousser ou modifier le comportement des insectes.

Et en détail ? Les odeurs jouent un rôle central dans les interactions entre plantes et insectes. Elles permettent à certains ravageurs de localiser une plante hôte, à d'autres de trouver un partenaire pour se reproduire. Les plantes elles-mêmes émettent des composés volatils capables d'attirer des pollinisateurs ou des ennemis naturels des ravageurs !

L'ambition d'ARDECO est d'identifier ces composés, de comprendre leurs effets sur le comportement des insectes et d'optimiser leur utilisation pour développer des stratégies de biocontrôle fondées sur des substances naturelles. Des travaux d'identification des molécules jusqu'au déploiement de solutions opérationnelles, le projet couvre l'ensemble de cette chaîne de recherche. ARDECO s'inscrit plus largement dans les recherches conduites pour développer des alternatives innovantes aux pesticides, au sein du Programme PARSADA.

Ces perspectives seront au cœur des échanges des Journées annuelles du PPR Cultiver et Protéger Autrement, les 13 et 14 octobre 2026, autour d'un fil conducteur : « De la rupture scientifique à l'innovation pour la protection durable des cultures ».

[1] Un médiateur chimique (ou substance sémiochimique) est une molécule émise par un organisme qui transmet un message ou une information à un autre organisme, modifiant ainsi son comportement ou sa physiologie.

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